Dalles du Charmant Som… Ou pas – 13/06/2014

Publié le 15 juin 2014 par Jessica L.

Profitant du beau soleil de cette fin de printemps, la cordée Xavier-Jess décide de partir en Chartreuse explorer de nouveaux territoires. L’objectif est d’enchainer les Dalles Inférieures et Dalles Est du Charmant Som, une voie de rando-escalade de 14 longueurs, la plus longue escalade facile des Préalpes.

L’aventure, car il s’agit bel et bien d’une aventure, commence par la relecture du topo camp-to-camp : “Accès possible par les Cottaves. L’accès est malaisé ; ne pas s’engager par erreur dans un lit de torrent. 40 minutes d’approche.”

Oui, bon… Nos deux alpinistes chevronnés vont bien réussir à vaincre un sentier forestier, même “malaisé”. Départ de la voiture, il est 8h30.

Effectivement, le départ en forêt est confus. Nous choisissons le chemin qui ressemble le moins à un torrent. Du moins, au début. Car toutes les ébauches de chemins se transforment inéluctablement et invariablement… en lit de torrent.

Entre chemins forestiers finissant en impasses et traces de sangliers disparaissant dans les ronces, la navigation est effectivement “malaisée”, mais la direction est bonne: au bout d’une demi-heure la falaise est en vue, à travers les branches. Pour l’atteindre, deux options s’offrent à nous: un chaos d’arbustes, broussailles, ronces et orties cachant des dédales de racines boueuses, ou une pente herbeuse humide à 45 degrés. Ayant déjà pleinement savouré les joies de la glissade sur racines et du vautrage dans les orties depuis notre départ, nous choisissons de varier les plaisirs et optons pour la pente raide d’herbe mouillée. A posteriori, il aurait peut-être mieux valu envisager une troisieme option: suivre le lit du torrent.

La progression devient épique et engagée, mais très variée: escalade à 4 pattes sur touffes d’herbes, “aïe des chardons !”, pas de bloc sur schiste en poudre, “Oh! du muguet !”, et passages en dévers sur racines péteuses, dont l’une laissera sa marque pendant plusieurs jours sur le front de Xavier, comme un petit air d’Harry Potter. Le schiste péteux et les racines fourbes enfin vaincus, il ne reste plus qu’a traverser un éboulis très instable, une magnifique coulée de boue de 3 mètres de large et quelques buissons qui piquent entre des rochers moussus et ultra-glissants pour enfin rejoindre le pied de la falaise.

Enfin, pas exactement. Il faut d’abord remonter des pentes d’herbe raides parsemées d’énormes pierres plates qui ne tiennent que par l’opération du Saint Esprit, du Hasard, et de la malveillance de Mère Nature. Nous contournons une dalle couchée de la taille d’un menhir, et admirons le mastodonte glisser lentement puis dévaler les 100 mètres de pente pour finir majestueusement sa course dans le torrent.

Arrivés à 1450m, altitude théorique du départ de la voie, nous arpentons le pied de la montagne en restant de niveau, à la recherche des fameux “points rouges qui marquent le début de la voie” mentionnés dans le topo. “Là-bas, regarde, un point rouge!”. Seul problème: ce point rouge ne se trouve pas du tout “à l’aplomb d’un dièdre”, ni en-dessous des “deux surplombs évidents de la voie”. C’est un peu bizarre. Ah… En fait, c’est du lichen. Rouge. Partout. Qui ressemble à s’y méprendre à des traces de peinture.

Il est midi, le départ de la voie reste introuvable. Un léger découragement étreint nos intrépides GUMistes. Ca sent le but.

Hors de question d’abandonner. Une bouchée de sandwiche, et l’exploration reprend de plus belle. Le topo dit: vers la droite, dièdre, surplomb. “Ce tas de cailloux informe là-bas, ca pourrait être le dièdre, non ?” “Euh non, c’est un tas de cailloux informe”. “Et la fissure qui remonte un peu là, ca pourrait être un dièdre, en cherchant bien.” “En cherchant vraiment vraiment bien, peut-être, mais là, je ne vois pas.” “Ouai, moi non plus en fait.”

Et puis soudain… VICTOIRE !!! Un petit point rouge, bien rond, puis deux puis trois. On y est ! Pas de dièdre en vue, mais les points rouges sont les bons. Y’a même un spit ! Bien décidés à ne pas laisser cette journée finir complètement ruinée, nous nous élançons. Xavier, a.k.a. le “Ursain Bolt des Cannelures”, propose de voir si au moins, la cordée avance bien en escalade. Effectivement, les 130 mètres de Dalle Inférieure sont avalés en 1h. L’honneur est sauf.

Ne sachant pas ce que le chemin du retour nous réserve, nous décidons de ne pas enchainer avec la seconde partie de la voie. Après une brève concertation, la cordée choisi à l’unanimité de ne pas reprendre le chemin de montée. D’un pas décidé, nous suivons un vrai sentier, qui nous mène à un vrai chalet, ou nous dégustons un vrai panaché avant de repartir à la recherche du vrai chemin de descente. Qui nous rallonge quand même le trajet d’1h20…

Le récit de cette aventure nécessitait la création d’une nouvelle catégorie de sorties, intitulée “Les Mythiques”, en partie pour son rapport marche/grimpe de 7h/1h et parce qu’elle représente un très grand moment d’alpinisme.

Un très grand moment d’alpinisme, parce qu’une cordée dont le moral et la cohésion survivent à de telles épreuves est définitivement une cordée qui marche, et une belle aventure humaine. Techniquement, il s’agit aussi d’une grande première: une cordée du GUMS a officiellement réussi à enchainer 400m de cotation véget 3sup en solo intégral. Une belle réalisation, dont nous ne sommes pas peu fiers, et qui marque très certainement le début d’une longue série d’exploits.

Descriptif de la cotation véget:
– Niveau 1: Sentier de randonnée.
– Niveau 2: Sentier de randonnée mal entretenu. Possible recherche d’itinéraire.
– Niveau 3: Ronces, branches mortes et broussailles entravant significativement la progression. Escalade d’arbustes possible. Pente jusqu’à 45 degrés.
– Niveau 4: Escalade de troncs d’arbres obligatoire.  Pente > 45 degrés.
– Niveau 5: Forêt vierge infranchissable. Plantes carnivores.

Plus d’infos sur la cotation véget (en anglais)

Catégorie: Nos dernières sorties, Alpinisme, Les Mythiques

4 commentaires

  1. charmant charmant … mais qui laisse des traces lol
    en tout cas je prends bien note de la cotation véget 😉

  2. oh purée j’ai été voir les infos de cotations véget, mdr la filles avec les épines plantées dans le dos… et je n’aimerai pas tomber sur “la chose” du Bush grade B5 lol

  3. Je m’incline devant une telle performance ! En tout cas une belle équipe pour une belle épopée. Vive la cotation VEGET … enfin faut pas non plus que ça devienne une habitude !

  4. Quelle prose, Victor Hugo peut aller se rhabiller :^)

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Qui fait le malin .... tombe dans le ravin !